La forme du bol influence l’expérience du thé : un bol large et ouvert (appelé aussi « bol d’été ») apporte une sensation de fraîcheur durant la saison chaude, tandis qu’un bol plus profond conserve davantage la chaleur en hiver. La silhouette, le poids, la texture et la manière dont le bol se tient en main participent au plaisir du rituel.
De nombreuses formes portent des noms inspirés de la nature ou d’objets du quotidien : momo-gata (forme de pêche), suhama-gata (forme de banc de sable), amigasa-gata (forme de chapeau tressé) ou sugi-nari (forme de cèdre)…
Ces appellations traduisent la dimension poétique du chawan, conçu comme un lien entre l’homme, la matière et le monde naturel.
Au fil des siècles les maîtres de thé, les écoles et les ateliers de céramique ont développé leurs propres spécificités. Ainsi chaque forme de chawan exprime à la fois une fonction, une saison, un style régional et la personnalité du potier.
La diversité des formes témoigne donc du rôle du bol à thé comme véritable objet d’art, destiné autant à être utilisé qu’à être contemplé.
Dans la tradition occidentale on ne retrouve pas l’équivalent du chawan, combinant la même fonction utilitaire, la même charge spirituelle et les mêmes critères esthétiques.
Néanmoins il est possible de rapprocher certains de ses aspects à des objets ou des courants qui font partie de la culture occidentale.
Sur les plans de la forme et de l’usage, le grand bol de faïence traditionnel, dit parfois « de grand-mère », utilisé au petit-déjeuner pour boire du café au lait, du chocolat ou même du thé, est ce qui se rapproche le plus du chawan : on le tient souvent à deux mains pour ressentir sa chaleur dans un geste de réconfort.
Jusqu’à la Renaissance dans les foyers du peuple et des paysans d’Europe, on utilisait essentiellement des écuelles, souvent de terre cuite, pour consommer au quotidien le bouillon, la soupe, le « potage » ou ragoût médiéval. Même si aujourd’hui ce mot est essentiellement réservé aux gamelles des animaux, il ne faut pas oublier qu’à une époque où l’assiette plane n’existait pas encore, ce récipient universel constituait aussi un marqueur social.
Sur les plans du rituel et du sacré, le chawan est le centre d’un rituel codifié (la voie du thé ou Chado) et est manipulé avec un respect quasi religieux. Dans cette optique l’Occident possédait le calice, objet sacré, souvent à vocation d’œuvre d’art, que l’on manipulait selon des gestes codifiés lors de la cérémonie de la messe.
Sur les plans artistique et philosophique, le chawan est le summum de l’esthétique du wabi sabi – la beauté de l’imperfection, de l’asymétrie et du passage du temps.
En Occident le mouvement de la céramique artisanale du XXe siècle a introduit cette philosophie avec des céramistes comme le Britannique Bernard Leach, qui a longuement travaillé au Japon. Aujourd’hui les potiers d’art occidentaux créent des pièces uniques en grès ou en porcelaine qui partagent la même recherche de texture, de rugosité et d’authenticité que le chawan.
Téléchargez l’affiche imprimable réalisée par Contreterre >>
